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Si tu veux surfer, regarde la plage. Pas les rochers !

 

C’est l’histoire d’un homme qui veut apprendre à surfer.

C’est sa première fois… il n’a aucune idée.

Il y a des vagues. Et des rochers.

Et le moniteur lui dit « Et bien vas-y… lance-toi. Il y a une seule chose importante. Cruciale. Regarde toujours, toujours la plage. C’est tout ce que tu as besoin de savoir. »

Alors notre homme se lance…

Seulement voilà, il y a les vagues…

Et les rochers…

Donc il a peur. Vraiment peur, même.

Alors que fait-il ?

Il regarde les rochers bien sûr. Et même il ne les quitte pas des yeux, tant il est terrorisé à l’idée de s’écraser dessus, sur cette planche qu’il ne maîtrise pas…

Et que se passe-t-il ?

C’est fou : à chaque tentative, il y va, vers les rochers. A chaque fois. Comme s’il était aimanté par eux !

Cela vous fait sourire ? Peut-être vous dites-vous : « Oui, après tout, c’est logique… » Pourtant, dans la vie, nous passons notre temps à regarder les rochers. 

Quelques exemples somme toute banals :

  • « Je ne supporterais pas que ma femme / mon mari me trompe… »
  • « Le contexte est difficile, pour ma boîte, en ce moment… »
  • « Mon enfant n’est vraiment pas fan de l’école, c’est embêtant tout de même… »
  • « Cette présentation me stresse, j’ai peur de passer pour un imposteur/une gourde… »

En entretenant des pensées comme celles-ci, nous mettons précisément en place des comportements qui favoriserons le dénouement que nous craignons tant. Notre inquiétude :

  • Nous rend maussade et suspicieux, donnant plutôt envie à l’être cher d’aller prendre l’air
  • Nous aveugle et nous prive des idées neuves qui pourraient aider notre boîte
  • Pousse notre cher petit à se méfier de l’école et à n’y prendre aucun plaisir
  • Nous fait danser d’un pied sur l’autre au moment de commencer notre présentation, le souffle court et la voix qui tremble… autant dire que nous ne sommes pas au meilleur de nous-même pour impressionner l’auditoire !

Regardons la plage :

  • Nous sentons que notre relation de couple peine un peu ces temps-ci ? Montrons-nous drôle, gai et désirable. C’est plus efficace qu’un flicage méthodique pour garder près de soi l’être cher !
  • Quelle est notre vision pour cette entreprise ? Comment nous y prendrons-nous pour y aller ? Avec qui, quels moyens ?
  • Montrons à notre enfant que nous avons confiance dans sa capacité à apprécier l’école et à y réussir : alors lui aussi pourra y croire et donner son meilleur
  • Quel est notre message dans cette présentation ? Comment avons-nous envie de le faire passer ? Que voudrions-nous que les auditeurs retiennent ? Comment les y emmener de façon gaie et vivante ?

Entendons-nous : il ne s’agit pas de nier qu’il y a des rochers ! Ce serait déraisonnable et dangereux, évidemment. Mais nous pouvons reconnaître qu’ils sont là, les « garder à l’oeil », et pour autant rester pleinement engagés vers la plage.

La pratique de pleine conscience est une aide inestimable dans ce travail : pleinement conscients des risques encourus et de la peur qu’ils suscitent, nous pouvons choisir de ne pas laisser cette peur envahir tout notre monde, et nous tourner résolument vers nos aspirations.

Evidemment, c’est un travail de tous les instants, parce que si nous n’y prêtons attention, la peur revient en force et nous recommençons à regarder les rochers… Comme l’a dit Gabrielle Roth : « Etre un esprit libre demande une discipline considérable. »

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L’empathie, ou « savoir écouter au bon endroit »

« L’empathie ou la compassion, c’est la présence portée à ce que je vis ou à ce que l’autre vit. » (Thomas d’Ansembourg)

Je viens de lire le livre de Thomas d’Ansembourg « Cessez d’être gentils, soyez vrai ! Etre avec les autres en restant soi-même » et son passage sur l’empathie m’a beaucoup plu. Il y évoque la difficulté que l’on peut rencontrer à accueillir la souffrance de l’autre et donne quelques clés pour y répondre d’une façon plus « écologique », c’est-à-dire en préservant notre propre intégrité tout en apportant à l’autre le soutien dont il a besoin.

Face à une personne qui souffre et faute de nous sentir intérieurement assez solide, nous pouvons rencontrer deux peurs. Celle, irrationnelle mais néanmoins profonde, d’être « contaminé » par cette souffrance, et celle de n’être pas à la hauteur, de n’être pas « la bonne personne qui fait bien tout ce qu’il faut pour les autres » pour reprendre les mots d’Ansembourg. Si nous cédons à cet accès de panique et/ou de culpabilité, nous opterons selon toute probabilité pour une de ces réponses à la fois maladroites et inefficaces :

  • Minimiser les préoccupations de l’autre : « Mais non, ce n’est pas si grave, tu vas voir, ça va s’arranger… »
  • L’abreuver de nos « bons » conseils
  • Revenir à nous : « Ah oui, je vois ce que tu veux dire, moi aussi ça m’est arrivé, quand j’ai dû etc, etc. »

Et ce faisant, nous nous occupons non pas de l’autre mais de nous. Nous tentons hâtivement de colmater la brèche ouverte de notre impuissance, laissant finalement l’autre seul avec sa souffrance.

Maintenant revenons en arrière et utilisons notre pratique de pleine conscience pour répondre au mieux à cette situation délicate :  une personne qui nous est chère souffre et s’en ouvre à nous. Prenons un moment pour observer ce qui se passe non seulement « dehors », en écoutant attentivement ce que nous dit cette personne, mais également « dedans », en écoutant non moins attentivement ce que la situation soulève chez nous comme sensations physiques, émotions et réflexions.

A l’écoute de nous-même et de l’autre, ancrés dans notre respiration et dans notre être, nous pouvons alors accueillir ce qui vient et offrir à l’autre la seule chose dont il a besoin dans l’immédiat : un bras ! Un bras sur lequel s’appuyer pour descendre au fond du puits de sa souffrance et regarder sa blessure bien en face. Après seulement viendra le temps de panser la plaie, de chercher une issue.

L’empathie comme le dit Thomas d’Ansembourg, c’est savoir accueillir ce que nous vivons ou ce que l’autre vit. C’est s’abstenir de faire quoi que ce soit, pour être et être avec. Jour après jour, la pratique de la pleine conscience nous aide à développer la sécurité intérieure qui nous permettra de ne pas agir et de rester d’abord à l’écoute.